Exclu – Nakk Mendosa : « Je fais ce que je sais faire, je n’ai pas envie de tricher »

Cela fait maintenant plus de 15 ans que la carrière de Nakk Mendosa dure. S’il n’est pas devenu une rap-star, l’artiste originaire de Bobigny (93) n’a vraiment pas à rougir de son riche parcours. Sa longévité dans la musique force le respect. Rencontre.

Nilmirum – Ton dernier projet, le EP Supernova, est sorti l’année dernière. Quels en ont été les retours ?

Nakk Mendosa – Très bons ! La plupart des critiques ont été positives. Je ne suis pas le rappeur qui se fait le plus descendre (rires). J’ai pu enchaîner sur pas mal de concerts. Au niveau des ventes, j’en ai écoulé environ 3 000. Pour dépasser ce stade, il faut une force de frappe plus importante. J’aurais aimé faire plus de clips, mais c’est compliqué…

Ta carrière a commencé au milieu des années 90. De quoi es-tu  le plus fier dans ton parcours ?

D’être toujours en activité et de plaire aussi bien à des anciens qu’à des gens de la nouvelle génération. Certains auditeurs m’ont découvert récemment. Je suis fier de ma constance.

Tu n’es pas un gros vendeur de disques, mais tu arrives à faire beaucoup de scènes. Parviens-tu à vivre de ta musique à l’heure actuelle ?

Il ne se passe jamais un mois sans que je fasse un concert. Je dois faire une bonne quinzaine de dates par an. C’est beaucoup plus que certains rappeurs qui ont plus de buzz que moi. J’ai la chance de posséder une solide fanbase. Après, je ne te cache pas que j’ai un travail à côté. Je suis un père de famille, je ne peux pas me contenter de faire uniquement du rap, même si je pourrais. Mais je n’ai pas envie. Les revenus sont trop aléatoires avec la musique. Par contre, les factures ne changent pas ou alors, elles augmentent. Rares sont les rapppeurs à reconnaître qu’ils ont un autre métier. Si tu dis : «  Je suis menuisier », ça enlève du rêve (rires). Dans mon travail, je finis tôt, ça me laisse beaucoup de temps pour le rap. Mes employeurs sont conciliants.

Certains auditeurs te reprochent parfois de ne pas savoir choisir tes prods (instrumentales, ndlr). Qu’as-tu à leur répondre ?

Depuis le projet « Darksun », c’est une critique qui revient beaucoup moins souvent. Je prends les prods qui m’inspirent, j’aime ce qui est musical et aéré. Je choisis souvent mes sons au feeling.

Tu fais partie des rappeurs qui mettent un point d’honneur à soigner leur texte. La nouvelle génération a parfois tendance à choisir la facilité à ce niveau-là. Cela te dérange-t-il ?

Je fais ce que je sais faire. Certains auditeurs estiment que je suis un rappeur conscient. Mais ça, je ne sais pas ce que ça veut dire… J’aime la bonne musique. En simplifiant ton écriture, tu as sûrement la possibilité de toucher plus de gens. Mais moi, ce n’est pas forcément ce que j’ai envie de faire. Je ne fais pas de la musique pour plaire au plus grand nombre. Plusieurs rappeurs ont voulu rester à la page et se sont mis à écrire des textes puérils. Personnellement, je n’ai pas envie de tricher. D’ailleurs, c’est aussi pour ça que j’intéresse encore pas mal de gens.

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« Jul est arrivé tout seul »

Que penses-tu du phénomène Jul ? Son émergence est-elle dangereuse pour le futur du rap français ?

J’ai bien aimé son morceau « Dans mon del ». Son délire avec l’auto-turne me parle nettement moins. Mais si ça marche, c’est que ça parle à un public. Moi, je fais des ateliers d’écriture. Je rencontre des petits qui aiment le rap à textes, mais qui apprécient également Jul. Il ne faut pas croire que toute la France l’aime. Un succès fulgurant comme le sien, ça ne laisse pas présager une constance à l’avenir… Ce que j’apprécie chez lui, c’est qu’il est arrivé tout seul, sans faire de featurings avec des têtes d’affiche. Il bouscule un peu les idées-reçues.

Le mois dernier, tu avais réagi sur Facebook à l’agression du jeune vendeur de la boutique Unkut, à Paris. Penses-tu que Rohff et Booba aient atteint un point de non-retour dans leur clash ?

Ce genre de clash aboutit à des dommages collatéraux. En l’occurrence, la dernière fois, cela s’est répercuté sur un jeune de 19 ans… Musicalement, les rappeurs qui ont sorti leur projet lors de la semaine où ce fait divers est survenu, n’ont pas vendu grand-chose. Je pense à REDK et Tunisiano. Rohff et Booba ne seront jamais atteint physiquement. Je les imagine mal se prendre des coups de battes de baseball en raison de leur embrouille. Les mecs sont millionnaires. Laurent Voulzy et Alain Souchon ne s’embrouilleraient jamais comme ça. Le rap est vraiment une musique particulière…

Comprends-tu que le rap français puisse avoir une image déplorable aux yeux du très grand public ?

Malheureusement, il a toujours eu cette image. Pourtant, il s’agit de la musique qui se vend le mieux en France. Avec leur clash, Booba et Rohff ont fait la Une de tous les journaux. S’ils avaient fait un morceau ensemble à la place, ça n’aurait sûrement pas autant faire parler…

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